Guédés et Halloween

    

Introduction : Deux visions de la mort, deux cultures

Chaque année, entre le 31 octobre et le 2 novembre, deux célébrations marquent notre rapport à la mort : Halloween, fête folklorique d’origine celtique, et la Fête des Guédés, rituel vaudou profondément enraciné dans la culture haïtienne. Bien qu’elles partagent des symboles macabres — citrouilles, squelettes, esprits — leur essence, leurs origines et leurs pratiques diffèrent radicalement.

Halloween, célébrée le 31 octobre, tire ses racines du festival celtique Samhain, qui marquait la fin de l’année et le début de l’hiver. Les anciens Gaulois éteignaient les feux domestiques pour se protéger des esprits errants, puis rallumaient le feu sacré pour bénir la nouvelle année. Aujourd’hui, cette tradition s’est transformée en une fête populaire, dominée par les déguisements, les bonbons et les décorations effrayantes.

À l’opposé, la Fête des Guédés, célébrée les 1er et 2 novembre en Haïti, est une communion spirituelle avec les morts. Les fidèles honorent les Guédés, esprits de l’au-delà, à travers des rituels dans les cimetières, des danses, des offrandes et des invocations. Cette fête, empreinte de mysticisme et de respect, incarne une vision vivante et joyeuse de la mort.

Ces deux fêtes, bien que proches dans le calendrier, révèlent des univers culturels distincts : l’un tourné vers le folklore occidental, l’autre vers la spiritualité afro-caribéenne. Ce blog explore leurs origines, leurs symboles et leurs significations profondes.


🎭 1- Halloween et Fête des Guédés : similitudes et différences

Halloween, originaire des traditions celtiques, est célébrée le 31 octobre. Elle est marquée par des déguisements, des décorations effrayantes et la collecte de bonbons.

La Fête des Guédés, quant à elle, est une célébration haïtienne honorant les esprits des morts, les Guédés. Elle se déroule principalement les 1er et 2 novembre, coïncidant avec la Toussaint et le Jour des Morts.

Similitudes :

  • Thème de la mort : Les deux fêtes abordent la thématique de la mort et des esprits.

  • Déguisements : Les participants se déguisent, souvent en squelettes ou en figures macabres.

Différences :

            Halloween a des racines celtiques, tandis que la Fête des 

            Guédés est ancrée dans la tradition vodou haïtienne.

2- HALLOWEEN
    Grégoire III (731-741) et, au siècle suivant, sous le pape Grégoire IV (827-844), que l'Église catholique déplaça la fête de la Toussaint, qui pouvait se fêter jusqu'alors après Pâques ou après la Pentecôte, à la date du 1er novembre. Il fut avancé que l'Église chercha à recouvrir la fête du Samaïn. Ceci est toutefois à relativiser car l'Eglise célébrait une fête des martyrs après Pâques et lorsque la fête de la Toussaint fut instituée, celle de Samaïn était tombée en désuétude

La fête d'Halloween est introduite aux États-Unis et au Canada après l'arrivée massive d'émigrants irlandais et écossais notamment à la suite de la Grande famine en Irlande (1845-1851). Elle y gagne en popularité à partir des années 1920 et c'est sur le nouveau continent qu'apparaissent les lanternes Jack-o'-Lanterns confectionnées à partir de citrouilles, d'origine locale, en remplacement des navets utilisés en Europe.
Halloween est aujourd'hui célébrée principalement en Irlande, en Grande-Bretagne, aux États-Unis, au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande et, dans une moindre mesure, dans de nombreux autres pays.

3- GUEDES
    Au cours de la première moitié du XXe siècle. Le vaudou était persécutée durant une campagne anti-superstitieuse dirigée par l’Eglise catholique. Cependant, il n’a pas perdu son standard dans la culture du pays. Ses rites et rituels, ses pratiques, ses célébrations l’élevant au rang de patrimoine demeurent toujours. La fête des guédés, l’une de ses pratiques, célébrée les 1er et 2 novembre de chaque année a un intérêt religieux. Elle rend hommage aux défunts et aux esprits des morts soit devant la croix d’une église ou devant le Baron Lacroix, dit Baron Samedi d’un cimetière.

L’histoire des Guédés repose sur un mythe fondateur, similaire à d’autres ayant préexisté à la création d’une majorité de clans en Afrique. Cette communauté à l’époque, était frappée d’une calamité. Une sorte d’épidémie. Les gens en mouraient quotidiennement, par dizaines.

Vèvè Bawon

Comme toute nouvelle maladie décimant les communautés, aucun remède n’existait encore. Les médecins traditionnels étaient pris au dépourvu. On se rebattait sur les prières et supplications aux divinités. Aucune amélioration, aucune solution à l’horizon.

Dans le désarroi les croyances deviennent naturellement les seules voies de recours, comme dans tout système humain. On suppliait les ancêtres, ceux qui se trouvaient déjà dans l’autre monde, d’indiquer la feuille, la racine, l’écorce, la partie de l’animal, ou la combinaison d’éléments précités pour composer la fameuse potion qui guérira les malades,

Devant les échecs répétés, il fut décidé, selon les consultations, que le fils aîné du chef de la collectivité accepte de s’offrir en sacrifice afin d’apporter le message personnellement aux ancêtres, au pays des morts, Fètomè. En échange, il fallait excepter la règle stipulant que soient restés inconnus les lieux de sépulture des rois et des princes.

Au cas où sa mission sera couronnée de succès, donc si la potion est révélée, son tombeau devait être marqué d’une pierre sur laquelle tous les membres de la communauté viendront faire leur libation en demandant la guérison pour les cas de maladie grave. Ce qui arriva. Ce qui fut fait.

Ainsi, a été le point de départ de ce rite couplé (mort-vivant/vivant-mort) qui prit le nom du fils aîné Guédé, et qui devint par la suite le nom du clan. Ce rite est célébré dans plusieurs pays du nouveau monde et notamment en Haïti.
  • Objectif : Halloween est principalement une fête ludique, alors que la Fête des Guédés est une cérémonie spirituelle honorant les ancêtres.

  • Rituels : La Fête des Guédés implique des rituels spécifiques, tels que des offrandes, des danses et des possessions spirituelles.


🧙‍♂️4- Les Guédés : esprits de la mort et de la résurrection

Dans le panthéon vodou haïtien, les Guédés sont les esprits des morts. Ils sont dirigés par des figures emblématiques telles que :

  • Baron Samedi : Chef des Guédés, souvent représenté avec un chapeau haut-de-forme, des lunettes noires et une canne.

  • Grann Brigitte : Épouse de Baron Samedi, protectrice des tombes et des cimetières.

Ces esprits sont connus pour leur comportement exubérant, leur langage cru et leurs danses suggestives. Ils aiment le rhum, le café, les cigares et les aliments épicés. Leurs couleurs traditionnelles sont le noir, le violet et le blanc.


🕯️5- Rituels et célébrations

La Fête des Guédés est marquée par divers rituels :

  • Processions vers les cimetières : Les participants se rendent en masse aux cimetières, notamment celui de Port-au-Prince, pour honorer les morts.

  • Offrandes : Café, rhum, pain, maïs grillé, piments et autres sont déposés sur les tombes.

  • Danses et chants : Les danses, notamment le "banda", sont exécutées au rythme des tambours.

  • Possessions spirituelles : Certains participants entrent en transe, laissant les esprits des Guédés s'exprimer à travers eux.

6- Une fête à caractère culturel et réligieuse
    La fête catholique de la Toussaint tire son origine d'une commémoration de tous les martyrs instituée à Rome en 613 par le pape Boniface IV ; à l'origine elle était fêtée le 13 mai, jour anniversaire de la dédicace du Panthéon. Elle remplaçait la fête des ‘'Lemuria de la Rome antique célébrée à cette date pour conjurer les spectres malfaisants.

- Au IXe siècle, la fête fut étendue à « tous les saints » par le pape Grégoire IV et décalée au 1er novembre. Les historiens considèrent généralement que cette date a été choisie pour christianiser la fête de Samain. Certains spécialistes considèrent toutefois les festivités de la « veille de la Toussaint » comme devant exclusivement être rattachées à la tradition chrétienne et récusent toute origine païenne à ces célébrations.

- La célébration de la Toussaint fut suivie localement d'un office des morts dès le ixe siècle. En 998, les moines de Cluny instituèrent une fête des trépassés le 2 novembre, qui entra dans la liturgie romaine comme commémoration des fidèles défunts au xiiie siècle. Le culte des morts resta cependant massivement célébré au 1er novembre. une croyance bretonne aurait perduré jusqu'au début du xxe siècle, selon laquelle les âmes des morts revenaient à la veille de la Toussaint et lors des nuits de solstice. Avant d'aller se coucher, on leur laissait de la nourriture sur la table et une bûche allumée dans le feu pour qu'ils puissent se chauffer. Cette croyance n'étant pas chrétienne, elle pourrait être, si elle est confirmée, une survivance de Samain.

- Cette fête syncrétique à elle seule définit tous les critères d’une patrimonialisation. Le but de cet article est de présenter quelques-uns de ces critères déterminant la patrimonialisation de cette sacrée fête.

- La fête des guédés joue un rôle majeur dans les survivances africaines d’Haïti, compte tenu de son apparence avec le culte des morts dahoméen basé sur le vaudou (Orisma, 1995). Elle est célébrée les premiers jours du mois de novembre, lesquels correspondent au jour des morts dans la religion catholique. Dans son ouvrage La campagne anti-superstitieuse, Roumain (2003) pour approcher cette fête s’est rappelé de Hésiode en ces termes : « Célébrez la race sainte des immortels qui sont toujours nés de la terre et du ciel constellés d’étoiles ».

- Le vaudou représente un syncrétisme catholico-vaudou exprimant une conception précise du monde. En effet, le vaudou et le catholicisme se nourrissent l'un de l'autre. Cependant, Corten (2001) a particulièrement révélé que les vaudouisants sont, en général, catholiques. C’est dire que la plupart des Haïtiens pratiquent le vaudou et ne peuvent ignorer que la fête des guédés caractérise un temps de célébrations des dieux dont le Baron du cimetière est le symbole, un temps d’hommage aux morts et surtout celui d’un relâchement des mépris face aux pratiques traditionnelles.

- Au cours de ces deux jours, elle crée une rupture avec l’hypocrisie socioreligieuse ou culturelle haïtienne. Elle réconcilie donc l’être haïtien avec sa culture d’origine parce que ce dernier tend à minimiser pendant son accès au cimetière un tas de préjugés et de contraintes sociaux. Comme indiqué plus haut, dans le panthéon vaudou, les guédés représentent les esprits des morts, des loas des cimetières en d’autres termes. Leur existence tourne autour du bruit, de la grossièreté et du sexe à travers un aspect fantaisiste marqué de rires amusants et incessants. Les guédés sont menés par les Barons comme Baron Samedi et son épouse Grand-mère Brigitte (Grann Brijit), Baron Lacroix, Baron Cimetière, Baron Criminel et différents guédés :Nibo, Fouillé, Loraj, Ti-Malice, Plumage, Papaguédé, Brave guédé, guédé doktè piki, guédé fatra, guédé senk jou malere, pour ne citer que ceux-là. Déjà passés de vie à trépas, les guédés ne craignent rien et connaissent tous les secrets de la magie. 

- La fête des guédés est caractérisée par un conttexte multidimensionnel: Politicoque, économique, sociale, culturelle et réligieuse, donnant lieu à des moments d’exaltation de la part des catholiques et vaudouisants. D’un côté, les catholiques envahissent le cimetière pour honorer la mémoire de leurs défunts, participer à la messe traditionnelle dite dans la chapelle Notre-Dame des Sept Douleurs (située dans le cimetière même), nettoyer des tombes, déposer des fleurs, brûler de l’encens… 

- De l’autre côté, les vaudouisants se retrouvent autour de Baron Samedi (le premier homme enterré au cimetière) avec leur cierge allumé tout en disant des prières aux ancêtres, exposant leurs peines et leurs difficultés quotidiennes. Après ces prières de lamentations, ils déposent un cigare, une tasse de café, une bouteille de cola souvent de couleur rouge, une bouteille de rhum Barbancourt, un morceau de pain et du maïs grillé pour leurs aïeux.
Cependant, avant l’entrée des gens au cimetière, une personne quelconque doit entrer en transe pour favoriser l’accès de tous au Baron Samedi. Cette personne doit être possédée par un loa appelé Mèt Kalfou, un genre de Legba avec lequel rime ce dicton : « Si Kalfou pa bay, simityè pa jwenn ».

- Au cours de cette fête, le vaudou et le catholicisme s’entrelacent dans une rare harmonie. Les chants des fidèles qui fusionnent avec les cornets de nombreux groupes rara à proximité du cimetière peuvent amplifier cette harmonie. Par cette symbiose, il y a lieu de faire état de différents symbolismes de cette fête. En premier lieu, il y a le symbolisme technique qui regroupe les couleurs (noir, violet, blanc), les instruments (cornets, vaccines, tambours) et l’interpellation des loas ou les manifestations de transe (relations avec le cosmos). En second lieu, il y a le symbolisme social qui aborde le rapport existant entre le cultuel et le culturel Quelle différence entre culturel et cultuel ?.

- Les artistes et artisans se sont approprié ce culte pour produire des œuvres dotées d’une esthétique relatant le beau et le laid à travers des toiles, des masques, des bouteilles et des poupées décorées d’objets vaudou. Désormais considéré comme patrimoine religieux et la fête des guédés étant une de ses grandes fêtes, le vaudou incarne la mémoire collective des Haïtiens. Ce culte fait l’objet d’un passé cultuel qui doit être restauré et préservé contre toute tentative de destruction.

- Lors de ces deux jours, 1er et 2 novembre, les protestants s’amassent dans le périmètre du cimetière pour tenter d’évangéliser et convertir les serviteurs du diable, disent-ils. Donc pour eux, les vaudouisants sont les adeptes du diable parce que personne, d’après la Bible, n’a le droit de rendre hommage aux morts. Le vaudou a fait l’objet de beaucoup d’hypocrisie au sein de la société haïtienne comme indiqué plus haut. Nombreux sont ceux qui s’accordent à considérer ce culte comme une congrégation vénérant des divinités de plusieurs cultes. Il rend hommage tantôt à la nature, tantôt aux esprits héroïques par l’intermédiaire des féticheurs, c'est tantôt encore un hommage direct des familles à leurs morts, relevant du rite dahoméen.

- Dans la fête des guédés, il y a à la fois soumission à la nature (magie), soumission aux médiateurs et soumission aux morts que les vodouisants préservent et honorent. En effet, chaque année, rappelons-le, pour célébrer cette fête, une foule de sympathisants, de croyants, de vaudouisants et de curieux se réunit dans la partie est du grand cimetière de Port-au-Prince.

Conclusion

    La Fête des Guédés est une manifestation vibrante de la culture haïtienne, mêlant spiritualité, tradition et célébration de la vie et de la mort. Elle offre une perspective unique sur la manière dont une société honore ses ancêtres et embrasse le cycle de la vie.

L'atmosphère mystérieuse et équivoque qui entoure le vaudou a vicié la saine compréhension des faits religieux et sociaux compris sous ce terme. Même en Haïti, où les rites vaudous peuvent facilement être observés .par tous, l'élite a partagé l'horreur générale pour des pratiques qui à ses yeux nuisaient à sa réputation de culture et d'urbanité.

L'attitude de défiance et de dégoût, jadis si accusée, le cède donc peu à peu à une curiosité sympathique, mais les préjugés envers Le vaudou sont encore tenaces. Seule l'ethnographie, en expliquant la nature de cette religion, pourra dissiper les visions de cauchemars qu'elle inspire à beaucoup d'honnêtes gens, malheureusement mal informées à son sujet. Car le vaudou n’est rien d'autre qu'une simple religion populaire, née du syncrétisme entre différents cultes de l'Afrique occidentale et les croyances pratiques catholiques imposées à la légère aux esclaves africains.



N.B Les informations présentées dans cet article ont une vocation culturelle, historique et éducative. Elles ne doivent pas être interprétées comme des conseils spirituels, médicaux ou pratiques. Toute interprétation ou utilisation relève de la responsabilité du lecteur.


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